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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 17:27

Dans beaucoup de pays d’Europe, une tendance véhiculée par la presse populiste tend à désigner des boucs émissaires parmi les immigrants, les minorités ethniques et les jeunes des quartiers populaires. Ces opinions trouvent une résonance chez un nombre inquiétant de personnes. Par exemple, une enquête réalisée par Le Monde en 2003 révèle que près d’un Français sur quatre (22 %) approuve le programme du parti politique Front national et que 59 % estiment qu’il y a « trop d’immigrants ». De même, au RoyaumeUni, 75 % des adultes approuveraient un couvre-feu ayant force obligatoire imposé le soir aux adolescents, comme cela s’est d’ailleurs passé en France à la suite des émeutes d’octobre 2005. Les principaux partisans de cette idée se trouvent chez les membres des familles et des quartiers les plus pauvres qui sont les principales victimes directes de la criminalité, de la violence et du comportement antisocial. Dans ce contexte, la politique de « tolérance zéro » tel que mise en place à New York a profondément influé sur les esprits européens. En dépit de leur coût social élevé (notamment l’augmentation massive de la population carcérale) et de preuves de l’influence profonde de certains facteurs conjoncturels - comme la baisse du chômage, l’accroissement des revenus réels et l’évolution démographique - sur les résultats, cette expérience a eu un profond retentissement. Par exemple, au Royaume-Uni, le 1998 UK Crime and Disorder Act (loi de 1998 sur les crimes et les désordres) exige des autorités locales et de la police qu’elles mettent en place des partenariats de sécurité communautaire en vue d’assurer une meilleure coopération entre les policiers et les autres organismes - tels que les services du logement - dans le cadre de la lutte contre les comportements antisociaux. Le 1999 Youth Justice and Criminal Evidence Act (loi de 1999 sur la justice pour les jeunes et les preuves en matière pénale) accélère les procédures judiciaires et introduit une série de mesures visant les délinquants juvéniles. Des peines obligatoires ont également été introduites pour les cambrioleurs récidivistes. Dans un livre récent, Frank Field, l’ancien ministre britannique de la Réforme sociale, établit une relation encore plus explicite entre les droits et les responsabilités en formulant une proposition controversée : lier l’octroi des prestations générales d’aide sociale au respect de contrats imposant un comportement acceptable. En France où l’on recense 1 100 banlieues sensibles au sein desquelles la criminalité et la violence font partie de la vie quotidienne, le ministère de l’Intérieur mène une campagne sans précédent en faveur de la tolérance zéro basée sur la formule : accroissement des pouvoirs d’arrestation et de perquisition conférés à la police, nouvelles peines plus sévères, abaissement à 13 ans de l’âge auquel un jeune peut être envoyé dans un centre de détention et définition de nouvelles infractions telles que le rassemblement de jeunes dans une cage d’escaliers, etc. Parallèlement, la plupart des concernés reconnaissent les limites que ces politiques répressives comportent. L’expérience démontre l’absence d’une relation linéaire entre l’accroissement des dépenses liées à l’application de mesures répressives et la réduction de la criminalité et de la violence. En fait, malgré certaines exceptions et fluctuations, la plupart des pays européens ont constaté le contraire depuis la seconde guerre mondiale : accroissement massif à long terme des effectifs de police accompagné d’une augmentation de la population carcérale et des crimes avec violence. Le Royaume-Uni constitue, dans ce domaine également, un exemple typique : au cours des dix dernières années, les nombre de prisonniers a augmenté de 60 % pour passer à 74 000 personnes, alors que le niveau global des crimes graves a doublé. Le coût de cette énorme population carcérale est estimé à près de 4,5 milliards d’euros par an alors que plus d’un million de crimes, soit le cinquième du total des infractions, sont commis par des prisonniers libérés et coûtent au bas mot 16,5 milliards d’euros par an (une estimation minimale du coût réel, dans la mesure où le taux de détection est extrêmement faible). En 1990 encore, un livre blanc du gouvernement relevait que « la prison est un moyen onéreux de rendre de mauvaises personnes encore pires ». En raison des limites inhérentes à ces politiques, la plupart des gouvernements suivent une approche double : « lutte sans merci contre la criminalité, mais aussi contre ses causes ». La prévention doit se doubler d’un châtiment. La question est de déterminer l’importance à conférer à chacun de ces deux éléments.

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Published by chroniquedepam

Texte Libre

Bienvenue sur mon blog, je suis Pam, je bosse dans la mode, retail, et mon job me gonfle. Alors pour me divertir j'écris ces quelques lignes. C'est ma chronique.

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